La généralisation comme objectif de l’enseignement stratégique de l’écriture aux enfants présentant des incapacités intellectuelles

Ce billet fait partie d’une série produite pour mon programme de lecture effectué dans le cadre de maitrise en psychopédagogie à l’Université de Montréal. Ce billet prend donc la forme d’un résumé de lecture suivi d’une appropriation personnelle sous forme de critique réflexive tentant de justifier ce que l’article lu apporte à mon projet de maitrise. Bonne lecture!

Aujourd’hui : Troia, G. A. (2002). Teaching writing strategies to children with disabilities : Setting generalization as the goal teaching writing strategies to children with disabilities. Exceptionality, 10, 249-269

Suite à la lecture du dernier article et aux échanges dans les commentaires avec mon directeur, je vous propose un article qui a attiré mon attention et qui pourrait apporter des éléments à mon projet. En effet, les élèves qui feront part de l’échantillon sont des élèves qui ont quand même atteint un certain niveau d’écriture et qui arrive à écrire plusieurs phrases. Par contre, un grand défi noté par l’enseignante visée et qui a en partie inspiré les lignes directrices de ce projet est la difficulté pour ces élèves à structurer leur discours. Donc ils arrivent à produire, phrase par phrase, un résultat acceptable. Cependant, lorsqu’il s’agit d’écrire un court texte un peu plus structuré, le résultat final ne correspond pas nécessairement aux attentes. 
 
Objectifs

L’objectif de cet article est de discuter des différents moyens pour améliorer le potentiel de généralisation (changement de contexte, de tâche, etc.) lié à l’utilisation de stratégies d’écriture. Il s’agit donc plutôt d’un article professionnel et non un article de recherche. Néanmoins, plusieurs éléments peuvent être réinvestis dans le cadre de mon projet considérant le fait que le volet écriture de ce dernier est en pleine ébauche. Comme vous le constaterez, plusieurs pistes concernant l’intervention en écriture auprès d’élèves en difficulté et les méthodes d’enseignement stratégique sont abordées.

Résumé
L’article résumé ici aborde le sujet en quatre étapes différentes : les caractéristiques des élèves ayant des limitations, l’enseignement stratégique aux scripteurs présentant des difficultés (poor writers dans le texte), les problèmes de généralisation et les pistes d’intervention possibles. Afin de justifier l’intérêt de la question, on y mentionne le haut risque de certains scripteurs (provenant de familles défavorisées, élèves allophones, élèves présentant des limitations, etc.) à atteindre un certain niveau de compétence en écriture. Le nerf de la guerre : le besoin d’instruction intensif particulièrement sur les compétences de base du scripteur et le processus d’écriture.
 
Caractéristiques d’écriture des élèves présentant des difficultés d’apprentissage
Une des principales causes des difficultés en écriture est généralement liée aux processus cognitifs et métacognitifs nécessaires aux différentes étapes du processus d’écriture (planification, génération de contenu, production et révision). La planification se scinde quant à elle en trois sous-processus : formuler et prioriser en fonction de l’intention d’écriture et du genre de texte demandé; générer des idées; et sélectionner et organiser ces idées en fonction des objectifs choisis. Une caractéristique commune des élèves présentant des difficultés en lecture est qu’ils planifient très peu et se lacent rapidement dans la production. Ces élèves n’ont pas tendance à utiliser la planification comme stratégie lors de rédaction de texte.
 
Autre caractéristique de ces scripteurs : ils produisent beaucoup moins de contenu et ajoutent beaucoup d’éléments superflus ou inadéquats. Plusieurs raisons pourraient être en cause allant du peu de connaissances générales pouvant être utilisées pendant la rédaction jusqu’au peu de connaissance quant à la structure même d’un texte. Fait à noter, si un élève a bel et bien ces connaissances, des limitations cognitives de toutes sortes peuvent amener un effort de mobilisation empêchant, même partiellement, leur mise en oeuvre. Quelques pistes intéressantes sont mentionnées pour l’amélioration des productions de certains de ces élèves. En effet, le simple fait de demander plus de texte, de fournir un canevas ou des balises de planification ou de fixer des objectifs à priori aide ces élèves à produire des textes plus riches et plus longs. Ces éléments soulignent le fait que ces élèves ont accès à de plus grandes compétences que ce qu’ils laissent généralement paraitre de prime abord.
 
Une caractéristique que j’ai fréquemment observée sur le terrain est la difficulté que peuvent avoir ces élèves à voir la différence entre ce qu’ils ont écrit et ce qu’ils ont eu l’intention d’écrire. En effet, fréquemment en demandant à un élève de me relire ce qu’il a écrit, d’énormes différences en émergent. Une suggestion personnelle : l’utilisation de la synthèse vocale ou simplement la lecture à voix haute (quand ce n’est pas trop laborieux pour lui) aide l’élève à réaliser ce qu’il a réellement écrit.

Enseignement stratégique et ces élèves
Suite à ces caractéristiques, plusieurs chercheurs se sont intéressés à la question de l’enseignement stratégique et son effet pour ces élèves. Plusieurs raisons sont mentionnées dans le texte afin de justifier l’intérêt de cette approche pour les élèves présentant des difficultés d’apprentissage. En voici quelques-unes  :
  • Offre des balises étape par étape guidant la marche à suivre (séquentialité)
  • Permet à l’élève de découvrir ses forces et ses faiblesses et ainsi orienter sa démarche d’écriture (métacognition)
  • Opportunité d’accomplir des tâches plus complexes (estime personnelle et motivation) 
De plus, quelques éléments doivent être considérés lors de telles interventions auprès de ces élèves, toujours en fonction de leurs caractéristiques. Je reviendrai sur éléments dans la dernière partie de ce billet puisque je crois que c’est principalement de ce côté que je dois chercher. Je n’ai pas nécessairement besoin de trouver de nouvelles justifications pour le choix de l’enseignement stratégique dans le cadre de mon projet, mais bien d’éléments me permettant d’enrichir mon cadre conceptuel, autrement dit, la méthode d’intervention qui sera mise à l’essai. Voici donc quelques-uns de ces éléments à considérer :
  • Approche doit intégrer des éléments d’autorégulation. Documenté comme plus efficace que seulement l’instruction explicite d’une stratégie.
  • Offrir un défi raisonnable à l’élève, un thème d’écriture lui demandant un peu plus de travail que des thèmes souvent exploités pendant sa scolarité.

Le problème de la généralisation
Le défi de tout élève, et pas seulement les élèves présentant des difficultés d’apprentissage, est de pouvoir transposer connaissances et compétences d’un cadre à un autre, la capacité de transfert. L’élève présentant certaines limitations, commas les élèves vivant avec des incapacités intellectuelles aura beaucoup plus de difficulté Dans le cadre d’un enseignement stratégique, nous souhaitons justement que les élèves transfèrent l’utilisation de stratégies d’un cadre à un autre. Selon l’auteur, la recherche nous dit que bien qu’il y ait un impact positif d’un tel enseignement, lorsque nous changeons le contexte cet impact peut malheureusement disparaitre. L’article de Troia mentionne plusieurs raisons pour expliquer ce fait. Par exemple, les recherches conduites durent généralement quelques semaines. Cependant, les élèves présentant des difficultés d’apprentissage ont besoin d’un délai beaucoup plus long pour intégrer le genre de compétence lié à un enseignement stratégique. Autre raison, cette fois-ci très parlante par rapport aux élèves visés par mon propre projet, est que les élèves ayant des problèmes d’exécution, de mémoire ou de tout autre processus cognitif va venir nuire au potentiel de généralisation des compétences. Dernière raison évoquée : l’historique scolaire de l’élève qui présente des difficultés est généralement rempli d’échec. Ce fait amène souvent ces élèves à anticiper l’échec et par moyen de protection, tout simplement éviter la tâche.

Pistes d’intervention
La première des pistes mentionnées afin de favoriser la généralisation et le transfert des stratégies enseignées est le modelage et la pratique, et ce, dans plusieurs contextes. Par exemple, accompagner les élèves dans l’utilisation de la stratégie enseignée dans une autre matière scolaire que le français. À noter, ce genre d’approche est le quotidien de tout enseignant, qu’il soit en adaptation scolaire ou au régulier. Deuxième piste : l’autorégulation et l’association de stratégies spécifiquement liées à une tâche. Cette combinaison serait une approche supportée par les chercheurs puisque l’on agit sur l’impulsivité à la tâche, l’attention tout en facilitant l’association de stratégie lié à une tâche ou à un domaine donné. La troisième est plutôt simple : explicitement mentionner aux élèves nos attentes de transfert et de généralisation. De plus, les élèves devraient être informés que la stratégie enseignée vise à améliorer leurs performances. Ensuite, la motivation (sommes-nous surpris?) a un rôle à jouer. Pour ce faire, il serait important de proposer des sujets et des tâches qui ont du sens pour l’élève. La notion d’opportunité de choix est importante afin d’avoir un impact sur la motivation. L’effet devrait pouvoir choisir le sujet pour un projet d’écriture, tant et aussi longtemps que ce choix représente un défi raisonnable comme il a été expliqué plus tôt.

Apports à mon projet
Sans être une brique empirique à ajouter à mon projet, cet article permet tout de même d’intégrer certaines orientations, plus particulièrement pour mon cadre conceptuel. En effet,  ce dernier devrait (en tout cas, pour l’instant) proposer un modèle d’intervention se basant sur la recherche en y ajoutant la tablette numérique comme support. Plusieurs modèles d’intervention mettant en place une forme ou une autre d’enseignement stratégique ayant vraisemblablement fait leurs preuves sont proposés dans l’article.
 
Comme mentionné plus tôt, les élèves présentant des difficultés d’apprentissage ont besoin d’un délai beaucoup plus long pour intégrer le genre de compétences liées à un enseignement stratégique. Il serait donc important que dans le développement de mon cadre conceptuel et de la méthode d’intervention qui sera mise en oeuvre, qu’un temps d’intervention dure plus que quelques semaines, voir quelques mois. De plus, il est normal pour les élèves présentant des incapacités intellectuelles que la généralisation et le transfert de compétences représentent un grand défi.
 
J’aimerais revenir sur la notion d’opportunité de choix en lien avec la motivation. Il faudrait que dans l’intervention proposée j’inclue cet élément et non seulement parce qu’il est mentionné par Loia. En effet, selon les dernières définitions, les personnes présentant des incapacités intellectuelles se retrouvent très fréquemment dans des situations où leur entourage (famille, connaissances, école, etc.) décident pour eux ou effectue la tâche à leur place. Cet élément a souvent un impact majeur pour ces élèves et leur développement et il est important d’en prendre conscience afin d’éviter de répéter ce genre d’erreur. C’est pourquoi il faut donc offrir un choix à ces élèves, et non seulement pour des questions de motivation et d’investissement à la tâche.

Enseigner l’écriture à des élèves présentant des incapacités intellectuelles : une revue de la littérature (Laurice & Moira)

Ce billet fait partie d’une série produite pour mon programme de lecture effectué dans le cadre de maitrise en psychopédagogie à l’Université de Montréal. Ce billet prend donc la forme d’un résumé de lecture suivi d’une appropriation personnelle sous forme de critique réflexive tentant de justifier ce que l’article lu apporte à mon projet de maitrise. Bonne lecture!

Aujourd’hui : Laurice, J. M., & Moira, K. (2009). Teaching Students with Intellectual or Developmental Disabilities to Write: A Review of the Literature. Research in Developmental Disabilities: A Multidisciplinary Journal. 

Lorsque l’on commence à approfondir un sujet, il est important d’essayer de saisir ce qu’en dit la recherche et les revues de littérature sont généralement plutôt éclairantes. Celle qui nous intéresse ici s’applique à deux sphères présentent dans mon projet de maitrise : les compétences en littératie, plus précisément les compétences en écriture, et les élèves présentant des incapacités intellectuelles.

Objectifs

L’objectif principal de l’étude qui nous intéresse ici était de trouver les méthodes efficaces d’enseignement de l’écriture aux élèves présentant des incapacités intellectuelles selon trois points

a) Évaluer la quantité et la qualité des études produites
b) Découvrir ce qui a été trouvé comme approche efficace afin d’émettre des recommandations aux praticiens
c) Formuler des questions pour de futures recherches

Méthodologie

Les articles retenus devaient avoir été publié entre 1986 et 2007 et avoir pour sujet l’enseignement de l’écriture, plus précisément l’expression d’idées sous forme écrite, auprès de personnes présentant des incapacités intellectuelles. Pour identifier cette population, le critère d’un quotient intellectuel (QI) inférieur à 75 à été retenu. Notons ici que, selon les définitions de ce que sont les incapacités intellectuelles, le QI n’est pas le seul critère servant à identifier s’il y a présence ou non d’incapacités intellectuelles. Il s’agit ici d’un choix des auteurs parmi les différents critères existant. Ceci a fait en sorte que des personnes autistes pouvaient aussi être incluses dans l’échantillon s’ils présentaient un QI de 75 ou moins. 

L’objet recherché dans les différentes études était spécifiquement la progression de l’apprentissage de l’écriture et devait en être la variable dépendante. Les études recherchées étaient de type expérimental, semi-expérimental ou expérimental à sujet unique. De plus, la variable indépendante de ces études devait avoir été manipulée afin de pouvoir vérifier l’impact sur la variable dépendante. Afin de calculer l’effet de l’intervention présentée dans chacune des études, la valeur retenue ou calculée est le PND (percentage of non over-lapping data). Vous me permettrez ici un petit aparté puisqu’avant la lecture de cet article, je n’avais aucune idée ce qu’était un PND et il est possible que le lecteur (oui, vous) ne le sache pas non plus. Essentiellement, il s’agit d’une méthodologie développée spécifiquement dans le but d’offrir un outil pour effectuer des méta-analyses, permettant ainsi de rassembler plusieurs études et de réutiliser leurs données. 

Résultats

Parmi les études répertoriées, seulement 9 études décrites dans 8 articles ont répondu à tous les critères de recherche. La majorité des études sont américaines à l’exception d’une turque et une autre japonaise.

Les principales variables dépendantes sont Variables dépendantes répertoriées : écriture correcte des mots (8), productivité (5), planification pendant l’écriture (2), moyen alternatif (TIC) (2). Du côté de la variable indépendante répertoriée dans les études est l’enseignement stratégique. Ces dernières sont celles où la performance en écriture était la plus forte ce qui peut amener à croire que l’impact d’une telle approche pourrait être bénéfique pour les élèves présentant des incapacités intellectuelles. Il serait cependant prématuré d’en émettre des conclusions vu le petit nombre d’études. De plus, dans la plupart des recherches, le sujet étudié était unique. Ceci rend donc la généralisation à de petits et moyens groupes difficile. Les auteurs émettent donc un nouveau besoin pour la recherche : il faudrait étudier systématiquement chacune des méthodes serait nécessaire afin d’identifier formellement la méthode la plus efficace.

Propositions pour de futures recherches  :

– Utilisation de stratégies documentées efficaces pour les personnes présentant un trouble d’apprentissage, mais non testées auprès des élèves présentant des incapacités intellectuelles (écriture interactive, carte d’idées, etc.)
– Sur différents genres d’écrits (poésie, informatif, etc.)
– Enseignement auprès de petits ou de grands groupes
– Étudier l’amélioration de la capacité de généralisation des compétences
– Étude de la relation écriture/lecture afin d’orienter certaines considérations

Recommandations pour les praticiens :

– Les élèves présentant des incapacités intellectuelles peuvent bénéficier d’un enseignement stratégique.
– Certaines méthodes devraient être intégrées dans l’enseignement quotidien : modélisation, pratique guidée, autocorrection d’erreurs et beaucoup de temps devrait être accordé à la pratique et au renforcement.
– Favoriser la généralisation par l’utilisation de méthodes d’enseignement spécifique

Réflexion

À la lumière de la lecture de ce texte, les élèves présentant des incapacités intellectuelles  semblent pouvoir bénéficier, à leur niveau, du même enseignement stratégique que leurs pairs présentant des troubles d’apprentissage. Les auteurs, sans en faire spécifiquement la promotion, pointent dans certaines directions pour de futures recherches ainsi que formulent des suggestions de lecture pour les praticiens. Encore une fois, deux écoles de pensée semblent s’affronter. Je vous présenterai dans un avenir que l’on espère rapproché un résumé de lecture qui semble pointer dans l’autre direction en suggérant plutôt que l’enseignement explicite serait à privilégier pour ces élèves. Notons que même si les auteurs semblent mettre l’accent sur une approche stratégique, on peut voir après la lecture de leurs propositions que des éléments d’approches plus spécifiques restent incontournables. Définitivement, plus de lecture sera nécessaire afin de me faire une meilleure idée sur le sujet. Ceci permettra de mieux orienter mon approche qui sera proposée dans mon cadre conceptuel.

Autre critique importante à soulever, qui est aussi formulée par les auteurs : l’échantillon proposé est plutôt mince. Ces derniers attribuent cette limite au peu de recherche visant spécifiquement cette clientèle. Ils émettent donc des réticences à conclure qu’une méthode est plus efficace, même si leur analyse des données tend à mettre l’accent sur l’efficacité potentielle de l’enseignement stratégique. Donc sans pouvoir émettre de conclusions, l’étude de Laurice et Moira apporte tout de même de l’eau au moulin en proposant des questions pour de futures recherches et je crois que c’est principalement de ce côté que la lecture de ce texte va enrichir mes propres travaux. En effet, parmi les propositions pour ces propositions, je compte au moins deux propositions sur cinq en lien avec mon projet : étudier l’utilisation de stratégies déjà documentée auprès de personnes présentant un trouble d’apprentissage, mais non documentée pour les élèves présentant des incapacités intellectuelles et étudier un groupe de plusieurs personnes au lieu d’une étude à sujet unique. À tout ceci, il est important d’ajouter les recommandations de pratique qui devraient aussi contribuer à mon cadre conceptuel. Par exemple, il faudrait considérer dans ma proposition d’approche une méthode permettant de favoriser la généralisation, défi fréquent chez les personnes présentant des incapacités intellectuelles.

Un dernier élément me semblait intéressant pour mon projet. Parmi les études répertoriées, trois utilisaient l’ordinateur comme moyen d’écriture. Seul hic : elles avaient toutes plus de 10 ans d’âge. Il serait intéressant d’aller les consulter, mais comme vous le savez, en 10 ans dans le domaine des technologies, il peut s’en passer des choses!