Les amis critiques et les relations professionnelles (ETA6655 : billet #2)

Ce billet est le deuxième d’une série écrite dans le cadre du cours Pratiques professionnelles et éthique à l’Université de Montréal. Il nous est demandé d’effectuer un journal de bord réflexif suite aux échanges et lectures du cours. Au lieu de garder tout cela en vase clos, j’ai décidé, avec l’accord du professeur titulaire, de publier le tout ici.

Les amis critiques, et non les amis critiquent. Nuance très importante. J’ai été introduit à ce concept par M. Claude Lessard à l’époque où il était encore professeur à la faculté des Sciences de l’Éducation de l’Université de Montréal et qu’il n’était pas encore président du Conseil Supérieur de l’Éducation, dans le cadre d’un cours en analyse des politiques éducatives. Les amis critiques, ce sont les entités (états, institutions, personnes, etc.) ayant des objectifs compatibles et convergeant, généralement un schème de valeurs similaire, bref, ils jouent pour la même équipe. Ces amis peuvent (et honnêtement, doivent) garder un recul lorsque cela est pertinent et le dire tout haut. J’y vois un lien avec le cours de pratiques professionnelles et éthique. Pour ce faire, j’emploierai un concept vu dernièrement, soit celui de profession.

Comme mentionné dans un précédent billet, nous avons vu que le concept de profession est un habile équilibre entre trois sphères : la compétence, l’autonomie et la responsabilité. N’est pas professionnel sans un de ces éléments.

La notion d’ami critique mis en lien avec celui de profession vient rejoindre celui de relation professionnelle vu au dernier cours (15 février). À ce sujet, notons que la relation professionnelle est composée de quelques facettes (pas toutes énumérées ici). Elle est interpersonnelle (rapport égalitaire où les affects sont présents), professionnelle (parfois inégalitaire, hiérarchique), soucieuse de l’autonomie de l’autre. Prenons un exemple fictif (hum) : imaginons un instant un professionnel issu de l’extérieur d’un milieu et intervenant auprès d’un élève. Observant une situation qui ne devrait pas être, prends la peine d’écrire à l’enseignant de ce dernier afin de souligner son inconfort (poli et courtois, il va sans dire). Nous retrouvons ici le devoir de compétence, où un acte posé pose peut-être problème. En lien avec cet acte, le devoir de responsabilité en lien avec l’acte posé. La sphère de l’autonomie ne peut pas servir de paravent pour être à l’abri des critiques, au contraire. Elle est un privilège accordé lorsque l’on montre patte blanche.

Maintenant, pour aller plus loin en lien avec le concept de relation professionnelle, plusieurs éléments de réflexion peuvent être énoncés en lien avec cette situation (ami critique/relation professionnelle) :

  • L’enseignant pourrait percevoir l’intervention du professionnel comme une incursion sur son territoire, la relation n’étant pas nécessairement bien établie. Le professionnel s’aventure avec une posture d’égal à égal et l’enseignant le perçoit plutôt se positionnant en posture d’autorité (probablement non bienvenue puisque non établie).
  • Bien que l’initiative du professionnel peut être soucieuse de l’autonomie de l’enseignant, l’aspect critique lorsque le la relation professionnelle n’est pas encore établie peut être perçu comme une menace.
  • Le professionnel peut être confus d’une réponse négative, sa posture n’étant pas la même que celle perçue.
  • Les affectivités sont à considérer par le professionnel dans son approche.
  • Une solution serait d’établir un pont, mais ceci n’est pas toujours possible, précisément dans une situation où nos deux protagonistes n’œuvrent pas dans le même milieu.

Avec du recul (parce que vous l’aurez compris, l’exemple était tout sauf fictif) l’agir éthique doit justement prendre en considération l’autre, sa complexité, sa situation. Il faut pouvoir anticiper les réactions basées sur l’affect et les interprétations fautives (selon la perspective initiale, s’entend). Parfois, malheureusement, même si des précautions ont été prises de façon raisonnable, cela ne suffit pas. Le lien s’en trouve ainsi rompu et l’élève se retrouve entre l’arbre et l’écorce, position qui ne devrait pas être pour lui.

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